lundi 10 janvier 2011

VIOLENCE OU SENSIBILITE EN ECONOMIE?

J'ai rencontré, la semaine dernière, un dirigeant et très ancienne connaissance. Je ne l'avais pas vu depuis quelques semaines, au moment où nous devions mettre en place un projet commun. Nous étions alors en groupe, et il restait, comme habituellement, sur son "quant à soi", avec sa tenue habituelle: costume sombre, chemise blanche, cravate bien mise et faisant semblant d'être rayée, pour donner un peu de fantaisie. Cet homme est rompu aux techniques de pouvoir en milieu institutionnel. A la tête d'un organisme de plus de cent cinquante personnes, il subissait une pression énorme devant tous les changements en cours et à venir, professionnel ... et personnel. Je l'ai donc revu: une dizaine de kilos en moins, le teint blafard, des nuits sans sommeil, des pleurs sans doute importants, révélés par des yeux en permanence très humides, au cours d'un déjeuner où, malgré une table retirée, il ne pouvait se défaire d'une cuirasse déjà très ancienne. A l'une de mes premières questions forcément maladroites : "as tu essayé la sophrologie ?", la réponse a été vive: "ne m'emm. pas avec ces conn..". L'entretien a pu se poursuivre: "OK! cela ne te correspond pas!". Son histoire, ses envies, sa situation familiale, des années de refoulement sont alors apparues, mais toujours dans la maîtrise intellectuelle, même si les pleurs étaient là, présents et non exprimés,le barrage ne pouvait céder dans un restaurant! J'ai été renvoyé à une question: comment notre société en est-elle arrivée là? Et, moi, qui ne réalise pas le chiffre d'affaires que je prête à mes qualités et mes ambitions, sur ces questions de sensibilité personnelle en lien avec le milieu professionnel, comment se fait-il que je ne réussisse pas devant cette immensité des besoins à retrouver du sens, à donner du sens, à ce que l'on est, à ce que l'on fait? Pourquoi l'économie et les affaires devraient-elles être "viriles", et ne pas s'accompagner de "sensiblerie", de cette nature souvent douce et non violente que porte le côté féminin de tout un chacun? J'écoute souvent BFM, radio économique: les rythmes, le tambourinage des génériques, tout indique qu'il faut aller vite, qu'il faut faire bref, il n'y a pas de temps pour les émotions, les ressentis, les raisonnements en cours d'élaboration: tout est vérité et rapidité. J'y trouve des éléments de réponse à mes questions: la culture ambiante, à l'heure de la "mondialisation" et des restrictions budgétaires, pousse à la quantité, pas à la qualité, au sauve qui peut, pas à l'écoute de l'autre. Peut-être ne suis je pas assez démonstratif, convaincant sur le point suivant: quel lien je fais entre une économie "sensible" et une économie "performante", et quelle peut être la preuve que ce lien existe?

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