Je viens de lire un entretien éclairant et stimulant sur le dernier numéro de l'Expansion, réalisé avec Jérôme Batout, jeune économiste et philosophe, travaillant auprès d'un dirigeant de multinationale.
Depuis plusieurs mois, je cherche à cadrer mes réflexions sur les questions « contextuelles » dans lesquelles se réalise si difficilement l'activité économique.
Deux questions émergent : celle de la nécessité et du sens du progrès, et celle des dettes souveraines et des déficits publics, les deux étant extrêmement liées.
Dans cet entretien, cet auteur évoque la croyance en ce qui concerne le progrès, et l'importance et l'usage de la finance, lors des périodes de perte de sens sur les finalités économiques.
Pour ce qui touche à la croyance dans le progrès, il distingue une époque où l'économie était finalisée par la notion "d'atteinte de l'abondance", tous les besoins humains étant alors résolus, et une époque, qui est en train de se terminer, où la croissance pour la croissance, notamment celle d'une consommation effrénée, était devenue un socle consensuel du fonctionnement des sociétés occidentales.
En ce qui concerne la finance et les dettes souveraines, une confirmation: en soi, la finance, la monnaie (quelle qu'en soit la nature), ne sont que des outils qui, sans maitre, ne sont alors qu'à leur propre service. Les dettes souveraines ne deviennent alors que des objets de spéculation pour les financiers, même s'il faut reconnaitre que les Etats, et leurs peuples, ont commis de grandes imprudences à ce sujet.
Une fois ces deux questions de nouveau éclairées, je peux poursuivre le regard que je porte sur mes actions en qualité de conseil en stratégie et management.
Car les pratiques, des uns et des autres, et je pense ici à tous ceux qui souffrent, soit parce qu'ils n'ont pas de travail soit parce que celui qu'ils occupent ne répond pas suffisamment à leurs besoins de sens et de satisfaction, ces pratiques donc, sont fortement influencées par ce contexte si pesant.
Entre autres conséquences, et je pense ici à une organisation caritative avec laquelle je travaille, ceci me permet d'appréhender les prévisions 2012 avec une approche qui consiste à tirer les conséquences de la mini récession qui s'annonce, en la mettant en perspective.
La solidarité et l'appel à la générosité publique, sont toujours et encore plus d'actualité, et peuvent même s'inscrire dans cette construction d'un nouveau "sens" du progrès.
La phrase d'un ami chaman me revient "si nous savons accepter la sobriété, alors, nous aurons l'abondance".
Faire un don, c'est bien sûr se priver d’une somme d’argent, mais c'est aussi apprendre à ne plus avoir peur du lendemain et du manque, en remettant "l'autre", cette profonde différence avec soi, au coeur de notre fonctionnement personnel, qui ne trouvera plus, dans une société de consommation vidée de sens, de quoi se satisfaire.
Le don, le contre don ( c'est-à-dire ce que, consciemment ou inconsciemment la personne attend du don), pourraient alors reprendre leur place symbolique dans les sociétés, celle d'une aide à la construction de leurs finalités et de leur organisation.
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